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Prenez soin des sages, soutenez-les de toutes vos forces en gardant à l'esprit qu'ils représentent l'avenir et le bonheur de l'humanité.
- André Moreau
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André Moreau existe-t-il ?

André Moreau est né à Montréal, le 8 février 1941. Docteur en philosophie de la Sorbonne en 1966, il poursuit des recherches en épistémologie au niveau post-doctoral et s’oriente vers la sexologie. Il publie son premier livre en 1969, crée un système philosophique, le Jovialisme, basé sur une vision du monde immatérialiste. Il fonde le Mouvement Jovialiste en 1970. Depuis il a publié 57 ouvrages.

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Si vous m'avez bien compris, ce n'est pas en moi que vous aurez la foi mais en vous. - André Moreau

 

                                                                    

 

ANDRÉ MOREAU
 PAR
 ANDRÉ MOREAU

Tiré du livre La Bête est porteuse de la divinité


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ANDRÉ MOREAU PAR ANDRÉ MOREAU. – Un fou ou un génie? De toute façon, sûrement un Jovialiste, c'est-à-dire un dilettante souriant, un fou créateur, un Christ en vacances flirtant avec la société de consommation et semant à la ronde des bombes spirituelles à retardement. Si vous demandez à son entourage comment on le perçoit, on vous dira qu'il est chaleureux, comique, déroutant, humoristique, génial et inspiré. Ceux qui se retrouvent autour de lui se disent jovialistes. Mais à vrai dire, il y en a de plus en plus à travers le monde. Dès qu'il met le nez dehors, on l'assaille, on l'interpelle, on le loue ou on le subodore, mais personne ne reste indifférent.

 

Le plaisir est sagesse

Quand André Moreau parle, personne ne risque de s'endormir. "Les pleins seront vidés, s'écrie-t-il en citant Vladimir Jankélévitch, et les vides seront remplis". Voilà un bon départ pour le salon philosophique hebdomadaire qu'il donne chez lui depuis vingt ans au no 1 de la Côte Ste-Catherine à Montréal. Que vous soyez beau ou laid, petit ou grand, bien marié ou séparé, riche où pauvre, jeune ou vieux, marxiste ou capitaliste, il est là devant vous, déversant sur vous le flot orgiaque de sa verve latine débordante, il vous tend des pièges, vous fait rire aux larmes de vous-même et surtout vous donne un avant-goût de l'absolu car il vous invite ni plus ni moins à être Dieu, c'est-à-dire à prendre toute votre place. Si vous ne vous sentez pas dans cette vibration, c'est que vous n'avez pas assez joui consciemment de la vie. Vous devez donc prendre sans délai un bain de plaisir pour vous purger des contaminations extérieures qui s'opposent à l'action de l'abondance de l'infini dans votre vie, car le plaisir est considéré par les Jovialistes comme la Voie Royale de la connaissance. Le plaisir fait du bien à votre intelligence. La chair est sainte, L'orgasme est une thérapie. Si vous ne comprenez rien à tout cela, c'est que vous êtes un arriéré érotique abruti par le travail ou la prière. Le travail rend l'homme semblable à la bête et souvent le fait mourir. Ne rien faire, et se consacrer à ce "rien" de façon positive, est la clé du succès. L'oisiveté créatrice est la base inexpugnable du génie créateur. S'ouvrir constamment de nouveaux champs d'inaction, voilà la loi nouvelle. Les gens ne travaillent que pour expier leurs fautes inconscientes ou s'interdire la violence. Ils ne réalisent pas qu'aucune compensation en douleur ne peut effacer la culpabilité. S'ils comprenaient que les problèmes dont ils souffrent sont le fruit de leurs pensées limitées, ils s'appliqueraient à s'observer eux-mêmes et à s'improviser à neuf chaque jour, tant pour se libérer de leurs obligations imaginaires que pour installer dans leur vie un état de lumière permanent.

 

                                                      

 

La folie créatrice

De quelle folie s'agit-il? André Moreau nous rassure immédiatement. "Il ne s'agit pas de la démence circulaire, mais d'une efficace désintoxication intérieure; comprenons-nous bien ici: il s'agit de ventilation psychique et d'aération mentale. Le monde manque de fous intelligents et si vous êtes un de ceux-là, vous deviendrez riches à ne rien faire". Réjouissez-vous, car plus un individu est capable de s'écouter lui-même et de se laisser être, plus il peut réussir dans la vie. N'hésitez pas à suivre la pente de vos instincts, car c'est une pente qui monte. Faites-vous plaisir; exprimez-vous librement. Méfiez-vous des apparences, elles ne sont pas trompeuses. Il faut que chaque individu puisse vivre à 150 à l'heure sans avoir l'air de souffrir. C'est une chose de caresser le tigre qui vous menace et c'en est une autre de le fuir à toutes jambes hors d'haleine. L'essentiel, c'est de ne pas se fatiguer. Tout individu fatigué est un athée inconséquent avec l'explosion joyeuse de sa propre divinité. Les magistrats, les grands travailleurs, les autorités ont tort. Plus un individu est sérieux, plus il se détruit. Mentir aux institutions, c'est se respecter.

 

La femme, porte de l'occulte

mediationsexLa femme est plus qu'un objet de plaisir ou une occasion d'aventure. La majorité des hommes voient la femme comme une paire de glandes juchées sur des échasses. Peu nombreux sont ceux qui la considèrent comme un individu à part entière capable de communiquer le désir et la connaissance à ceux qui s'approchent d'elle. Le monde pour André Moreau ne ressemble pas à une vallée de larmes mais à un jardin magique où séjourne la femme. Celle-ci est profondément liée à la culture. Elle a été liée à tous les bonds en avant de l'humanité. La volupté qu'elle dégage est un principe d'initiation. La majorité des hommes se jettent sur la première femme venue. Ils ont de leur liberté une vision plutôt étroite. Ils ne réalisent pas quel grave danger ils courent en faisant l'amour avec un partenaire qui n'est pas l'ami de leur essence, un parent êtrique. Si André Moreau a pu donner à sa philosophie une richesse intuitive hors du commun, c'est à cause de son commerce avec les femmes. Il s'est mis à l'école du "gourou de l'alcôve" et a cherché dans la communication amoureuse un prétexte à son émancipation. La femme lui apparaîtra toujours comme la porte de l'occulte, parce que c'est à travers elle qu'un homme se donne à vivre les expériences les plus décisives de sa vie. Qu'on ne se méprenne pas cependant sur son attitude: sa position est rigoureusement anti-féministe. Il ne voit pas pourquoi la femme perdrait son temps à revendiquer des droits dont elle peut jouir spontanément en s'assumant totalement elle-même.

 

La panique qui libère

Si André Moreau a réussi à déclencher le rire si souvent lors de ses apparitions à la télévision, c'est qu'en confrontant les gens avec eux-mêmes il s'est trouvé à dénoncer leur néant. Très peu d'entre eux sont prêts à vivre le phénomène de la seconde naissance. Ce qu'il leur propose les effraie tout en les dépaysant. Si seulement ils pouvaient se raccrocher à quelque chose de connu quand ils l'écoutent, mais rien ne rime à rien dans ses discours. L'absolu se passe de référence au relatif. On comprendra l'écart qui le sépare des gens dans son évaluation des rôles sociaux. Ceux-ci considèrent les politiciens, les hommes d'affaires et les psychiatres comme des individus qui ont réussi alors qu'il voit en eux des individus qui ont avorté d'eux-mêmes. Son attitude est indéfendable à leurs yeux. Il a l'air de sourire au destin comme l'Apollon du Belvédère, insouciant, pensif avec un air d'éternité dans les yeux. Il n'en est pas moins un éveilleur. Ceux qui ont subi l'effroyable pression de l'éveil peuvent vous dire qu'il s'agit de la part du philosophe d'une forme de terrorisme intellectuel sans précédent dans le but de pousser les profanes jusque dans leurs derniers retranchements. On ne peut pas s'éveiller graduellement; il faut subir un choc émancipateur. L'individu qui voit s'écrouler son univers mental ne sait pas encore que la panique est un outil de libération intérieure. Il doit donc être stimulé et réconforté. Il faut que l'adepte soit transi par la peur, la joie, l'hystérie, l'extase, l'agonie, le rire dément et la souffrance pour comprendre. Il se voit mourir et en même temps il renaît. Il ne sait trop s'il ne s'est pas trompé en se choisissant lui-même comme absolu. Être ou ne pas être, tout est là. Il n'y a pas de progression dans l'être. Évoluer, s'améliorer est une illusion. L'amour lui-même n'est qu'un leurre. Celui qui veut naître à son Moi profond doit parvenir au niveau zéro et comprendre qu'il n'est rien. C'est alors qu'il peut devenir tout.

 

Tuez votre mère mentalement

N'hésitez pas, allez-y! Votre mère vous a toujours écrasé de sa mansuétude prévenante, vous avez été farci d'amour au point d'en crever, vous ne pouvez pas faire un pas sans qu'elle vous surveille même si vous avez quarante ans. Alors le conseil suivant est pour vous. Révoltez-vous. Tuez-la symboliquement : noyez-la, brûlez-la, étranglez-la, mais il faut que l'énergie du meurtre serve ici à faire grandir votre rêve intérieur. Vous irez ensuite vers elle avec une prodigieuse capacité de compréhension ; vous serez à l'abri du sombre devoir de la reconnaissance, à l'abri des Vierges, des madones, des Christs, des rédempteurs professionnels, des sauveurs élitistes, des grenouilles de bénitiers, des petits cracheurs en l'air, des rongeurs de toutes sortes et de vous-même. Souvent l'amour est ruineux. Et la haine sauve. Songez au bien-être que vous éprouvez à haïr profondément, substantiellement, passionnément un individu laid, croche, misérable, pauvre et stupide. La haine défoule, libère, oxygène, pâme, permet de se sentir positif en faisant quelque chose de négatif. Toute expérience est bonne pour vous. Il vaut mieux obéir au maître intérieur qu'à la loi. "Je ne suis pas venu pour accomplir la loi, s'écrie le nouvel Adam, mais pour la démolir".

 

Un suicidé vivant

Le Grand Jovialiste est un homme simple, habillé comme tout le monde, souriant, décontracté. Mais si vous vous approchez trop près de lui, vous connaîtrez un choc cognitif, il vous changera à jamais. Il déposera en votre esprit le ferment de la révolution permanente. Qui est donc cet homme qui boit des jus de fruits à demi nu sur sa terrasse entouré de jolies femmes, qui a failli donner une crise cardiaque au père Desmarais en lui demandant devant un million de téléspectateurs s'il avait déjà connu l'orgasme, qui soulève des haltères en récitant des formules de pouvoir et que des crises de joie nocturnes empêchent de dormir parce qu'il se sent Dieu; oui, qui est-il vraiment? La réponse, c'est lui qui la donne: "Je suis un suicidé-vivant!" Il ne s'agit pas là d'un paradoxe mais d'une réalité profonde. Celui qui ne se sent plus séparé de rien voit ses besoins peu à peu disparaître. Il devient la substance de ses pensées et se nourrit de lui-même. Il est comme quelqu'un qui a perdu la vie et qui l'a retrouvée à un autre niveau, jouissant de chaque moment de l'existence comme d'un cadeau merveilleux. Voilà l'homme qui embrasse ses ennemis parce qu'il a reconnu en eux l'aiguillon indispensable à sa vitalité. Encombrant personnage, me direz-vous. Sans doute. Mais songez qu'il oppose une existence nécessaire à tout ce que notre monde comporte de provisoire.

 

Un Messie comique

traitesurletreJe suis le nouveau Christ; s'exclame le philosophe avec un immense éclat de rire emprunté à un des personnages des films de James Bond; je suis un Messie comique, bouleversant de vérité, fou de la sagesse, mais attention, je ne suis pas un de ces malades de Dieu, un de ces théopathes; je me porte très bien, merci. Ce qu'il y a de formidable dans ma vie, c'est que j'ai compris que tout l'univers repose en moi, J'ai aboli toutes les distances. J'ai congédié toutes les autorités. Je renvoie la matière et Dieu dos à dos comme les éléments antithétiques d'une même illusion. Je ne me sens presque plus concerné par moi-même tellement j'ai gagné en hauteur, en lumière, en immensité. Je veux être de trop pour moi. Oui, de trop ma grandeur, de trop mon génie, de trop ma bonté, car je suis affreusement bon et outrageusement ouvert. Je suis un saint en vacances. C'est d'ailleurs le titre d'un de mes prochains livres. La chance n'existe pas. Le hasard est une vision de l'esprit. Il n'y a que des coïncidences préparées et la loterie nationale n'est qu'une béquille de remplacement pour ceux qui sont déçus de Dieu. Je suis ma providence et ma loi, déclare celui qui se veut un Gengis khan psychique, un Tamerlan spirituel. Le Diable et le Bon Dieu ne sont que des pions sur l'échiquier du sage. Il faut tuer Dieu derrière les étoiles pour le faire ressusciter en soi.

 

Être passionnément dépassionné

Il y a certainement un rapprochement à faire entre les Jovialistes d'aujourd'hui et les Chrétiens des premiers siècles, sauf que ces derniers se réjouissaient dans le Seigneur tandis que les jovialistes prennent un bain d'infinité en eux-mêmes. On a souvent comparé André Moreau à Épicure parce qu'il enseigne que le souverain bien est facile d'accès. Or, Épicure n'est pas un passionné, c'est un sage plein de tempérance. André Moreau considère que la passion est essentielle pour s'éveiller, mais il se fait un point d'honneur d'être passionné de l'absolu, c'est-à-dire de ce qui représente en soi la mort de la passion. On a dit également qu'André Moreau était un obsédé sexuel parce qu'il recommande la masturbation consciente comme moyen de méditation approprié aux jeunes. Il leur suggère de boire, de passer des nuits blanches, de faire des échanges spermatiques, d'insulter les adultes, de vivre nus, d'apprendre le latin et de reconnaître qu'ils sont Dieu. Si on écoutait André Moreau, il faudrait exiler tous les psychiatres en Floride pour pouvoir devenir prêtre de ses hormones. Les gens ne se connaissent pas; ils vivent dans l'hébétude, l'automortification, l'inquiétude anéantissante de l'infini; l'insécurité et la chasteté perverse. Si seulement ils acceptaient de laisser tomber leur passé, leur karma, leurs souvenirs, ils pourraient s'inventer eux-mêmes à neuf. Le fait de ne pas se connaître les empêche de comprendre qu'ils sont des néants. C'est pourquoi André Moreau préconise le plaisir comme moyen de défoulement, mais attention ici, le plaisir orienté vers l'éblouissement total. C'est la vie des gens qui doit changer. Or, on ne peut faire d'omelette sans casser des oeufs. C'est par un énergique secouage intérieur qui confine à la catharsis aristotélicienne qu'un individu peut sortir de sa torpeur et entrevoir la réalité ultime de son être.

 

Un maniaque éclairé

"L'érotisme est plus fort que les prières", s'écrie celui que les universitaires considèrent comme le croquemitaine de la philosophie; il propose même l'utilisation des phantasmes sexuels comme tremplin pour atteindre à une pensée jaculatoire. La pureté suprême de l'absolu ne peut être consacrée que dans la volupté de l'existence réconciliée avec elle-même. Chaque moment de la vie phénoménale doit constituer un temps fort pour la conscience ; André Moreau a découvert avant tout le monde au Québec les joies iconoclastes d'une sexualité permissive; il a fait du rire un moyen de désaliénation. Se moquer de tout est devenu un leitmotiv pour plusieurs générations qui l'ont connu. Il a donné grâce à la télévision une portée électronique à la fête, à l'érotisme, à la folie créatrice et au scandale. Au lieu de les exhorter à lutter contre eux-mêmes, il a amené les gens à rentabiliser leurs névroses et à capitaliser sur leurs travers. Ne corrigez pas vos défauts, faites-les croître à l'infini; qu'ils deviennent un motif d'admiration par leur démesure. C'est par l'outrance du désir poussé jusqu'à l'infini qu'un individu se délivre de son étroitesse. Sans excès, pas de perfection. Péchez donc une bonne fois et il en sera fait de votre péché. La modération n'est qu'un des masques de la médiocrité. Les perversions sont à mettre au compte des expériences les plus intéressantes à tenter à la surface de cette terre parce qu'elles nous libèrent de la routine, de la grisaille quotidienne et de l'existence sacrificielle. Il faudrait faire l'amour sur les autels, communier orgiaquement et mettre sur pied une pastorale de l'orgasme pour les tout-petits. Et si les parents protestent? Alors, il faut enfermer les parents!

 

La nudité convient au sage

orgasmeLe véritable philosophe se moque des qu'en dira-t-on et n'a en vue que la vérité. Son désir est d'exprimer ce qui est. Et comme ce qu'il a d'abord à exprimer concerne sa personne, il constitue le centre de son discours. Il ne se retranche pas comme les hommes de science derrière les résultats d'études et de recherches. Il parle de lui-même, il s'implique. Il n'a pas à se déshabiller pour se montrer nu. Il vit dans une maison de verre. Aucun problème ne subsiste à ses yeux quand il les passe au crible de sa dialectique. Son désir d'aller au fond des choses l'amène à considérer la sexualité comme le masque que portent les gens pour ne pas se dévoiler aux autres. En ce sens, la sexualité est doublement révélatrice. C'est pourquoi le philosophe voit en celle-ci le carrefour de la vérité. Puisqu'elle est le lieu du non-dit, il faut la dire dans toute l'extension de son essence. Monsieur Moreau, mon fils se masturbe; que dois-je faire? demande une bonne dame sur les ondes de la radio. Ne vous affolez pas, reprend paisiblement le philosophe; il s'arrêtera bien quand il aura le bras fatigué. Une telle réplique ne peut que bouleverser la population... qui ne demande d'ailleurs qu'à être bouleversée. Les gens sont à la recherche de sensations fortes. Le philosophe va les leur servir. Sa volonté de tout comprendre et de tout expliquer l'obligea à considérer l'expression de la jouissance comme l'élément fondamental dans la révélation de la vérité. En effet, on voit des gens forts empressés de parler de leurs souffrances, de leurs maladies, de leurs opérations, complètement démunis lorsqu'il s'agit de parler de leurs plaisirs, de leurs orgasmes. On les retrouve tout penauds devant la jouissance comme s'il y avait quelque pudeur à montrer qu'ils jouissent. André Moreau déclare que les hommes, les femmes et les enfants doivent se ménager plusieurs heures de nudité par semaine, ensemble, pour que tout soit vu et su de tous, y compris des petits. Quand on est nu, on ne peut mentir. Cet exercice salutaire vise à démystifier la conscience anesthésiée par la religion.

 

Les politiciens sont des guignols

La politique, c'est pour les zombies; elle réside dans l'art de convaincre les citoyens qu'ils participent à l'administration de l'État alors même qu'ils sont privés de leurs droits et exploités. Si les élections pouvaient changer quoi que ce soit dans le monde, voter serait interdit. La démocratie n'a pas moins tort que le communisme. Tous les hommes sont inégaux en force, en intelligence, en talent, en santé, en privilèges sociaux, en capacité de jouir, etc. La politique qui réside surtout dans la tromperie feint d'ignorer cette inégalité. Elle veut des cas identiques pour leur appliquer des solutions toutes faites d'avance. Mais aucun cas n'est identique et les politiciens ne font qu'administrer leur propre incompétence. Il arrive que l'un d'entre eux, poussé par un idéal nationaliste ou patriotique, se révèle au goût du jour, mais, avez-vous remarqué, l'amour qu'on lui porte se retourne invariablement contre lui? La plupart de ces guignols qui ont donné leur vie à l'État sont des martyrs, grotesques et inefficaces. Tous nos Premiers ministres pourraient être comparés à l'orifice terminal du boyau intestinal. Toute la merde des tractations, des hypocrisies, des mensonges, des trahisons s'exprime par leur bouche. Certains d'entre eux donnent l'impression de s'en tirer honorablement. Ce n'est jamais à cause de leur honnêteté, mais parce qu'ils ont réussi à être plus dissimulateurs que les autres. Non seulement on ne gravit pas l'échelle sociale en devenant politicien, mais on atteint le fond du panier, la déchéance et la dégradation morale. Il est impérieux de congédier tous les politiciens et de les remplacer par des comités de sages entretenus aux frais de l'État. Seul un sacerdoce permettrait d'éliminer cette fosse à purin qu'est l'Assemblée nationale. M'a-t-on compris?

 

Chacun reçoit le salaire de ses pensées

moreau4C'est la victime qu'il faut punir avant le bourreau, déclare André Moreau. Tout cet attendrissement à l'égard des victimes relève d'une commisération apitoyée nourrie de l'ignorance. Il ne peut en être autrement quand on s'est donné un Dieu supplicié et qu'on cherche chaque jour à l'imiter. Aucun mérite ne peut être fondé dans la souffrance. Il n'arrive à un être humain que ce qui lui ressemble. A chaque instant, ils reçoivent le juste salaire de leurs pensées. Ils acceptent assez bien la chose quand leurs affaires vont bien, mais ils se rebellent contre ce principe quand elles tournent mal. Mais, regardez donc un peu comment pensent les humains. Timides face à leurs audaces, ils finissent par se les reprocher. La culpabilité et l'auto-condamnation sont les formes que prend leur inaptitude à jouir loyalement de leur être. Ils cherchent à se détruire par peur de la beauté qu'ils pressentent en eux. La laideur; l'ignorance, la pauvreté, la souffrance sont des formes d'autopunition. On ne souffre en ce monde que par étroitesse d'esprit. À tout instant, chacun doit reconnaître que sa vie est à l'image de ses pensées. Et s'il s'agit d'un handicapé de naissance? objecterez-vous. Eh bien, il paye pour des pensées de limitation à venir, il subit le poids anticipé de sa propre fausseté mentale. Chacun ne vient-il pas accomplir son entéléchie? La jeune fille qu'on viole brutalement n'est pas du tout innocente de ce qui lui arrive. Invariablement, une étude approfondie finira par établir qu'elle a agressé son agresseur. Et s'il s'agit d'un enfant, la discussion s'éteindra lorsqu'on acceptera l'idée qu'il s'est donné sa vie, ses parents et les tyrans qui le martyrisent. Aucune naissance n'est accidentelle. Tout arrive à point. L'homme est la cause suprême de sa vie. Tant qu'il se comportera comme un mouton, il sera tondu. Les victimes ont toujours tort. Les gens malheureux sont des malades mentaux satisfaits de leur sort. Lorsque l'on contemple la vie avec les yeux du Dieu Vivant, on ne peut plus éprouver de pitié pour les êtres humains, car leur destin est constamment ajusté à leur volonté, qu'il le sache ou non.

 

Thématique révolutionnaire de l'homosexualité

Vous craignez les homosexuels, c'est que vous en êtes un. Vous les condamnez, eh bien, sachez que ce que vous condamnez vous condamnera en retour! Vous avez le goût de battre les homosexuels, c'est que vous ne vous pardonnez pas de vous sentir bien quand quelqu'un de votre sexe vous désire. Laissez donc les homosexuels en paix. Ils sont sûrement aussi bien dans leur peau que vous pouvez l'être dans la vôtre. Abandonnez cette idée ridicule de faire l'amour en portant un condom. La contagion n'est qu'une occasion de manifester quelque chose de bien plus profond en vous : votre culpabilité sexuelle. Le sida est une maladie des émotions qui ne peut se développer sans une affreuse angoisse devant la sexualité. Je suis un consommateur averti de la beauté. André Moreau croit que le sexe illumine et libère. La communication amoureuse doit être une occasion de fête et non de souffrance. N'hésitez pas à vous caresser si le coeur vous en dit. N'ayez peur ni de la vie, ni de la mort, ni de la haine, ni, de la violence. Abandonnez ce ton moralisateur lorsque vous jugez les autres. Apprenez à considérer les faits sans les déformer. Pourquoi vieillir? Pourquoi mourir? Si vous n'avez pas encore réussi à répondre à ces deux questions, essayez au moins de ne pas communiquer vos préjugés à vos enfants. On devrait laisser traîner des cadavres dans les rues pour que les enfants puissent les voir et s'amuser avec eux. Les petits comprendront vite qu'ils ne sont pas faits pour la mort si on ne s'applique pas à les détourner de la vie.

 

Le salut par les catastrophes

geniefeteAndré Moreau adore les catastrophes parce qu'elles nous tiennent éveillés. Il voit en elles une source d'informations enrichissantes pour l'humanité. Chaque fois qu'il est confronté à un grave problème, son intelligence tressaille de joie. Il voit dans tous nos maux le fumier dont le bien a besoin pour devenir le mieux. Bien sûr nos gouvernements ne partagent pas son enthousiasme pour les catastrophes. Ils voudraient les citoyens paisibles et soumis, car toute rébellion de leur part remettrait en cause leur autorité. Mais s'éveiller, c'est refuser de se soumettre, c'est obliger son système nerveux à s'enrichir des chocs qu'il reçoit. Les humains ne se sont pas programmé un bel avenir. Ils attendent l'Apocalypse avec ferveur. Plusieurs sont déjà déçus de ne pas la voir se produire aussi rapidement qu'ils le souhaiteraient. Le monde s'en va chez le diable, mais il reste sur terre des hommes et des femmes qui ont le goût de l'infini, qui veulent se sentir Dieu. Ceux-là sont mûrs pour rencontrer le Grand Jovialiste, car ils trouveront en lui un soutien qui leur permettra de s'inscrire à jamais sous la loi d'exception. Vivre ainsi, c'est tout se permettre. Comprenez-moi bien ici, il ne s'agit pas de finir ses jours en taule. Comme le dit Cocteau, il faut savoir jusqu'où aller trop loin. Le contrôle de soi est destructeur et maladif. L'individu réalisé ne se maîtrise jamais. Il se laisse être, il s'autorise à être sans restriction d'aucune sorte, il s'exprime totalement. Il vit sur les cimes. C'est un être pur qui n'hésite pas à balayer les vingt siècles de malheur chrétien que nous venons de traverser pour les remplacer par l'expérience tout embrassante de l'être.

 

 

Se connaître n'est rien; s'inventer est tout.

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